TRONÇON

Juin 2026

A travers le lapiaz

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2026-juin

J5,5 Refuge de Belagua - Refuge de Belagua / 12 juin 2026

Au Collado de Larreria, première vue sur la Paquiza Linzola.

Un an a passé, et nous voici revenus au refuge de Belagua. Le J5,5 : une journée aller-retour, sans progression vers l'Est.

Un an a passé, et nous (et oui cette fois-ci nous sommes deux car Julie m'accompagne) voici revenus dans les montagnes du Pays Basque, ici au refuge de Belagua en Navarre, exactement à l'endroit où je m'étais arrêté. La réalisation du temps qui s'étire désespérément dans un sens et paraît si court dans l'autre, selon comment on le considère, me plonge dans des réflexions profondes...Je regarde le paysage, c'est comme si c'était hier, et oh combien je me suis langui de ce moment !

Après un voyage rapide marqué par une nuit sonore à Mont-de-Marsan (l'hôtel était bien trop proche de la piste de l'aéroport militaire), nous sommes arrivés à l'heure dite à la Gare d'Oloron où Tax'isa nous attendait pour nous élever jusqu'à 1500m d'altitude, à Belagua.

La route est superbe d'autant que je ne l'avais vue que dans le brouillard et en descente la fois précédente. Je me régale. C'est donc avec de grands sourires que nous prenons la photo devant la terrasse du refuge et que nous nous élançons dans les prairies d'Eskilzarra.

Il y a sans doute un peu de précipitation car nous n'avons pas fait le plein complet en eau comme nous aurions dû. Je compte sur des sources dans les bois que nous allons traverser, et sur le tuyau de la Hoya de Solano, quelque part au milieu du lapiaz, bien plus loin. Il y a, en fait, de la précipitation car nous suivons sans réfléchir un groupe de trois randonneurs qui est parti 5 minutes avant nous. Leurs silhouettes s'amenuisent sur la grande prairie. Quelque chose cloche dans la direction générale, et rapidement nous tombons sur un panneau qui me laisse perplexe. Ce n'est pas le bon sentier. Hop, demi-tour. Ce sera la préfiguration de cette journée. Au loin, les trois randonneurs traversent de gros blocs pour rejoindre la prairie inférieure, comme nous. En voilà un départ bien tatônnant !

Une fois passé le Paso de Zemeto, c'est l'autoroute dans la hetraie, tapis de feuilles mou, larges allées, ombre et fraîcheur. Nous avançons, avec un regret qui commence à pointer chez Julie et qui ira crescendo "C'est sympa, mais on ne voit pas les montagnes". Effectivement la vue est redondante et limitée.

Par successions de courts raidillons ou de montées plus débonnaires nous nous élevons de quelques centaines de mètres et la forêt se fait plus clairsemée. Les pins noirs font leur apparition. Après deux heures nous nous posons et déballons les sandwiches achetés à Oloron ce matin. Un peu écrasés, mais tout à fait mangeables !

Il est déjà presque 14h quand nous repartons et le chemin est encore long. J'ai pourtant choisi de passer par le PR NA-203, un sentier balisé qui contourne le Lapazarra par le nord et qui nous épargne du dénivelé en comparaison avec le GR12.

Plus nous approchons du collado de Larreria, plus le vent souffle. Rapidement, l'ambiance devient chaleur pulsée et nous sommes comme des dindons grillés, complètement desséchés.

Aztaparreta — le moment du choix du retour anticipé au refuge.

Passé le col, nous attaquons le raidillon qui mène au petit plateau de transition d'Aztaparreta, où nous voyons le chemin qui nous reste à faire, très clairement, à flanc de la Paquiza Linzola. La montagne, immense, au sommet effondré, nous toise sévèrement.

Il faut se rendre à l'évidence, il ne nous reste que 500 mL d'eau, nous n'avons croisé aucune source, aucune humidité. Je le savais pourtant. La courte nuit, le contre-coup de nos vies trépidantes soudainement mises en suspend, et l'acclimatation brutale à l'altitude et à la chaleur, vont nous faire prendre la meilleure décision : faire demi-tour. Il faut se rendre à l'évidence, nous nous sentons rincés et cuits.

Déception, frustration, vexation. Soit nous marchons trois heures pour une source incertaine, soit nous revenons sur nos pas et nous sommes sûrs d'avoir de l'eau au refuge. D'autant que la Hoya de Solano n'est que le coeur du lapiaz, et qu'il faut encore marcher deux heures supplémentaires puis passer le col de Pétragème enneigé pour arriver à l'abri d'Acherito.

Je ne nous en sens pas capables aujourd'hui. Nous faisons demi-tour à contrecoeur, peut-être aurions-nous pu continuer, mais sur le moment c'était la décision la plus raisonnable.

Pour le retour, nous décidons de passer par le versant sud du Lapazarra, en suivant intégralement le GR12 cette fois-ci. De jolies vues s'offrent à nous. Fatigués nous arrivons au refuge vers 18h.

Rehydratation massive ! Je demande à planter la tente mais c'est interdit dans la prairie, nous sommes trop près d'une route, ce sont les règles du bivouac... par contre sous le surplomb de la terrasse du refuge c'est possible ! L'endroit ne fait pas rêver, c'est comme dormir sous un pont, sans compter les éventuelles nuisances nocturnes car il y a un espace bar au refuge pour les touristes routiers, auto ou moto, qui passent par ici.

Une idée m'est venue entre temps : demain, nous pourrions retenter la traversée du Lapiaz mais cette fois-ci en direction du col d'Anaye, pour gagner Lescun et demander au taxi de nous récupérer là-bas (au lieu du Somport initialement prévu).

Depuis le Lapazarra, le refuge de Belagua au loin.

Julie me convainc que dormir sous la terrasse c'est vraiment pas idéal, alors nous avançons sur le GR12 (qui fait toute une boucle dans le lapiaz en guise de terminus), côté Nord du refuge cette fois, et au bout de 15 minutes nous trouvons un spot discret, légèrement en pente certes, mais où nous dormirons comme des bébés.

C'est donc la fin de cette bizarre journée, le J5,5 puisqu'il n'a marqué aucune progression vers l'Est, vers la méditerranée, mon but ultime. Histoire d'un Aller et d'un Retour, par Bilbon Sacquet, le dragon et les nains en moins, pour ceux qui ont la référence...

A ce stade j'ai fait une croix sur le tronçon idéalement prévu de mon HRP, priorisant le confort du temps passé avec Julie et le plaisir de le partager sur ce court week-end.

2026-juin

J6 Refuge de Belagua - Lescun (Camping du Lauzart) / 13 juin 2026

Col d'Anaye — Table des 3 Rois et Peñe Blanque.

Traversée du lapiaz par le col d'Anaye, descente du vallon d'Anaye et arrivée au Pays de Lescun.

Ah ! Rien qu'au titre de la journée, on sent qu'il va se passer des choses palpitantes...

C'est donc requinqués et parfaitement en forme que nous attaquons les premiers mètres, laissant derrière nous (nous l'espérons pour de bon cette fois!) le refuge de Belagua. La veille nous avions croisé quelques torrents juste avant de planter la tente et avions fait le plein d'eau en conséquence, décidés à ne pas répéter nos erreurs.

Julie est libérée de sa migraine d'hier, et avance d'un bon pas, et moi aussi. Le sentier longe une falaise rectiligne (Picarras de Sanchogarde) et bientôt entre dans une hêtraie touffue, ce qui déclenche le même commentaire chez Julie, "C'est sympa, mais on ne voit pas les montagnes".

Nous esquivons des nuées de moucherons ainsi que de vastes flaques de boue, dans un décor de plus en plus chaotique à mesure que nous avançons.

Je suis étonné de la précision du sentier et de son balisage, car clairement, c'est un vrai dédale. Le terrain n'offre aucune logique et la forêt aucune visibilité. Chapeau aux gens qui ont tracé ce sentier et l'entretiennent depuis !

Nous arrivons à un premier espace dégagé, un peu avant le Puntal de la Cruz, c'est vraiment très beau... et que c'est calme! Hier nous n'avions croisé personne, nous étions seuls au monde. Aujourd'hui, alors que nous étions encore au camp, nous avons vu passé un petit groupe de randonneurs mais nous ne l'avons plus revu par la suite.

C'est effarant de constater que sans aucune goutte d'eau visible, l'herbe est si verte et les arbres si vigoureux ! Il y a des fleurs de toute beauté et l'endroit est idyllique, hormis l'absence d'eau.

Enfin si, elle est bien là, quelque part sous nos pieds, elle court dans les profondeurs, peut-être à quelques mètres ou bien quelques kilomètres, puisqu'ici la montagne est creuse et quadrillée de milliers de boyaux et de gouffres sans fond. C'est ici, sous nos pieds, le plus grand réseau souterrain karstique d'Europe.

Pour l'heure nous avançons et pénétrons dans la réserve naturelle du pin noir de montagne d'Ukerdi, puisqu'ici il connaît une belle vitalité, accroché aux blocs énormes de calcaire, glissant ses racines dans la moindre anfractuosité.

Là aussi, nouveau replat dégagé, vue magnifique. Non loin est censée se trouver la Fuente de los Sarrios (la source des isards) et j'ai prévu d'y faire le plein d'eau. Malheureusement, impossible de la trouver, malgré son signalement sur la carte. Elle est peut-être à sec.

Bien qu'ayant prévu un chargement confortable en eau, la réserve diminue, et l'idée de se rationner, encore, est frustrante.

La prochaine possibilité d'en trouver, c'est aux sources de Marmitou, côté français, en dehors du lapiaz, au-delà du col d'Anaye.

Avec résignation, nous continuons notre avancée, pour émerger complètement hors de la forêt et nous retrouver sur le dôme effondré où trônait il y a des millions d'années un imposant glacier. Ici la montagne s'est écroulée sur elle-même et a laissé ce paysage unique.

Nous croisons un homme d'un certain âge qui semble enchanté d'être là. Il vit son moment avec une très grande joie, dans la contemplation de ce paysage austère. Il nous assure qu'il y a de l'eau, ohlala, ça oui, plein plein d'eau, de l'autre côté du col.

Cette pensée est rassurante et nous nous élançons revigorés, en plein cagnard car il est bientôt 13h et il fait très beau et très chaud (heureusement, point de vent aujourd'hui!).

Émergence enfin sur le dessus du lapiaz.

Nous franchissons quelques névés jaunis et arrivons au poteau indicateur du col d'Anaye.

Cela fait quelques dizaines de minutes que Julie se languissait d'arriver, la fatigue se faisant sentir. Les sources de Marmitou sont indiquées, tantôt à trente minutes, et tantôt à vingt minutes, selon l'ethnicité du panneau indicateur, espagnole ou française. Julie râle. Comment ça se fait ? Ils ne peuvent pas se mettre d'accord ?

Nous attaquons la descente sous le regard merveilleux de la Table des Trois Rois et du Pic d'Anie, Auñamendi, dernier et plus haut sommet du Pays Basque, car nous entrons, passé le col, dans le Béarn.

Il y a 8 jours la descente abrupte était impossible sans crampons ni piolet, mais avec les températures estivales de la semaine écoulée, pour notre chance, ça passe sans souci dans la neige ramollie.

Quelques remarques plus tard sur les durées fantaisistes des poteaux indicateurs, nous finissons par arriver au bord d'un vigoureux torrent ! Les Sources de Marmitou, enfin! Ca bouillonne comme dans une marmite ! A bas les sacs, nous nous posons à l'ombre d'un rocher et décidons de nous octroyer une belle pause, repas et sieste "all inclusive". Ce sera mon meilleur moment de la journée. Des randonneurs à la journée passent au loin, se posent et repartent, je somnole le nez dans l'herbe, la tête à l'ombre et le ventre plein.

Nous avons décidé de rallier le refuge de l'Aberouat (c'est le tracé que j'avais trouvé sur internet hier soir et installé sur ma montre). Nous descendons le magnifique vallon d'Anaye, jusqu'aux bergeries et constatons avec humeur que le sentier qui rejoint le refuge s'élève en une pente bien raide à flanc de montagne, et surtout que nous en avons raté l'embranchement... Je propose à Julie de descendre jusqu'au fond de la vallée, sur le plateau de Sanchèse et de trouver un coin où camper un peu au hasard, ce qui nous évitera le détour par le refuge... après tout, nous avons de l'eau et de quoi manger pour nous !

Après une belle forêt nous arrivons sur un petit plateau herbeux. Nous avons vraiment la sensation d'être arrivés au fond de la vallée, au bout de la pente, et tout à coup, au sortir d'un bosquet, nous nous trouvons nez à nez avec une paroi verticale vertigineuse... car, non, nous étions encore sur un vallon suspendu, tels les aventuriers d'un monde perdu. Quelle beauté !

De l'eau ! Aux sources de Marmitou.

La descente n'en est que plus raide dans des espèce d'escaliers aménagés dans la roche.

Enfin nous touchons le plateau de Sanchèse, nous sommes en pays lescunois ! Des bergers déchargent un troupeau d'ânes qui remontent le sentier dans notre direction. Je me retourne pour prévenir Julie et m'étonne de la retrouver en haut du talus dans la broussaille... Elle a couru droit dans la pente pour laisser passer les bêtes qui n'auront manifesté, en vérité, aucun intérêt pour nous!

C'est bien beau et bien bucolique par ici. Des touristes admirent l'impressionnante cascade de Sanchèse, dont l'eau provient de tout là-haut, du torrent que nous avons suivi depuis les sources de Marmitou.

Par contre... pas trop d'endroit pour poser la tente en toute discretion. Une petite recherche internet me montre le camping du Lauzart à "seulement" 5 km ! Et ils proposent des quoi ? des Pizzas ! Nous nous enthousiasmons à cette idée ! Je les appelle et nous réservons un emplacement, et deux repas pour le soir !

Ragaillardis, nous partons tout berzingue sur le macadam, puis ralentissons peu à peu, car 5km c'est quand même 1h15 de marche supplémentaire... et il fait encore chaud sur le bitume !

C'est la volonté qui nous fait avancer, le nez sur google maps afin de passer par les raccourcis faciles entre les lacets de la route.

Enfin nous arrivons. Bon accueil, légèrement caustique, mais nous tâchons d'être patients avec l'humour un peu lourd du gérant.

Bientôt la tente est dressée et nous aurons droit à des lasagnes maison (dommage pas de pizza au menu ce soir !)

Nous rencontrons Shaun, un irlandais en vacances itinérantes qui se laisse porter au gré de ses trois passions, la rando, le cyclisme et le kayak, tout ça en van amménagé de Bilbao à Cherbourg. Le mec est sympa et se propose de finir nos clafoutis aux pommes qui étaient vraiment très bourratifs, voire étouffe-chrétiens.

La nuit sera moins bonne que la précédente, malgré une douche bienvenue pour chacun de nous, car il y a du bruit, notamment un grillon qui fait du zèle non loin de la tente, même si le soleil est couché depuis longtemps (et nous avec).

Le lendemain nous faisons 20 minutes de marche sur le GR10 en direction de la place du village de Lescun où Tax'Isa nous recupère.

Nous sommes fiers de la journée d'hier, en terme de dépassement de soi et heureux des paysages que nous avons traversés. Une sensation de voyage toujours trop court, et déjà, l'envie de repartir.

Afin de respecter l'esprit de l'HRP, je reviendrai donc en juillet à Lescun afin d'y entamer mon prochain tronçon de la traversée.

TRONÇON

2025

Les Premiers Pas

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2025

J1 Hendaye Gare - Col de Lizarrieta / 11 juillet 2025

Dans le sens de la marche, les Trois Couronnes émergent au fond.

Et voilà, 11 juillet 2025 c'est le grand jour du départ tant attendu. ... Le trio infernal de cette traversée du Pays Basque : Fougères, Tuya, Ronces.

Et voilà, 11 juillet 2025 c'est le grand jour du départ tant attendu. Après plusieurs années d'anticipation, me voilà dans le train de la Rochelle à Hendaye, changement à Bordeaux inclus, en tenue de randonneur, les bâtons à la main, prêt à en découdre.

Léger retard de la SNCF, ç'aurait pu être pire, et à 17h je m'élance dans la moiteur d'une fin de journée, prévue orageuse, 32 degrés au thermomètre.

J'ai prévu un tracé au plus court et sans beaucoup de fantaisie car le temps m'est compté si je veux rejoindre le col de Lizarrieta pour le premier bivouac. Alors je suis bêtement la route très passante qui va à Biriatou.

Petite photo sur le pont sur la Bidassoa, histoire de dire un pied en France et un en Espagne, sachant que je ne ferai que jouer à saute-mouton avec la frontière pendant tout ce périple.

Rapidement je me trouve à découvert et en pleine surchauffe dans une montée rectiligne dans le sens de la pente, dont le Pays Basque a le secret. J'avais prévu de prendre l'ancien GR10, appelé le sentier des contrebandiers, afin d'éviter de monter jusqu'au sommet du Xoldoko Gaina et suivre le flanc de la colline jusqu'au prochain col. Je passe devant la bifurcation sans la voir, deux fois même, et pour cause ...

Avec beaucoup de naïveté je me dis que ça va s'arranger un peu plus loin, je m'y engage et découvre le trio infernal de cette traversée du Pays Basque : Fougères, Tuya, Ronces. Quand on est en short, c'est tout de suite moins rigolo. La progression est pénible et douloureuse, et je peste au milieu d'un océan de fougères.

Finalement à force de garder le cap (merci la montre GPS), je débouche sur Osinko Lepoa. Je récupère le GR10 dans sa version récente et entretenue, et là, c'est l'autoroute.

Allez, je mets les gaz, j'ai envie d'arriver au col d'Ibardin avant la fermeture des ventas pour manger un bon truc sans entamer mes provisions !

Pas de bol, j'ai perdu trop de temps dans les fougères, il est 20h, tout est fermé et pas âme qui vive. Le burger-frites m'échappe ! Plus important, en quête d'eau j'erre entre les bâtiments à la recherche d'un robinet oublié. Je tombe sur un distributeur de bouteilles d'eau côté espagnol qui est ... à pièce ! Grr. A ce moment précis je n'ai jamais été aussi riche que d'une carte bleue, des billets, et d'un terrible sentiment d'impuissance. Finalement, dans la dernière station service je tombe sur un gonfleur à air... et à eau !

Je dégaine le pistolet et m'asperge copieusement, sans oublier mes flasques avant de repartir. Trop d'émotion, j'en oublie mes bâtons sur le dessus de la rutilante machine, qui me voit donc revenir 10 minutes plus tard en pestant.

Je traverse une belle forêt rafraîchissante puis arrive en haut du quartier Kaule situé en contrebas de la Rhune. Là j'enchaîne les belles fermes basques qui pratiquent l'agrotourisme et la location pour évènements divers dans un décor bucolique. Il est 21h passé et je réveille tous les chiens. Les rideaux bougent aux fenêtres sur mon passage. Je garde un air naturel et déterminé.

Pluie, orage, nuit — début de l'ascension de l'Ibantelli.

Un troupeau de vaches bloque ma progression. Difficile de doubler. Elles finiront par s'engouffrer dans la prairie d'un voisin qui sortira comme une furie en courant, une badine à la main pour les déloger. Pas besoin de traducteur pour comprendre les quelques mots de basque qu'il m'envoie au passage.

Je m'éclipse sans demander mon reste et fini par arriver au col de Lizuniaga vers 22h. Le crépuscule était en théorie vers 23h mais avec les nuages noirs chargés d'électricité, il fait déjà nuit. Je n'avais pas pensé à ça sur le papier. Et il se met à pleuvoir. Ravitaillement en eau à la fontaine du col. Je vais donc attaquer l'ascension de l'Ibantelli sous la pluie, sous l'orage et à la frontale.

Là j'ai vraiment galéré. De nouveau dans les fougères et les tuyas avec une pente glissante et très raide. J'avance très lentement dans les végétaux touffus dégoulinants d'eau. Parfois je vois briller dans la pénombre des paires d' yeux surpris. Souvent une brebis. Une fois je déloge un groupe de pottoks qui dormaient et qui me font sursauter en renâclant bruyamment. Je colle au plus près de ma trace gps et je fini par arriver au replat sommital puis entame la redescente tout schuss vers le col de Lizarrieta.

Il est 23h30 passé lorsque je surgis du noir devant un bar peu éclairé où trois basques apathiques fument en buvant des coups en terrasse. Je les salue de la tête avant de me réfugier plus loin sous un abri d'aire de repos aux panneaux informatifs et culturels usés. La chance, je n'aurai pas à monter la tente ce soir. D'autant qu'il pleuvra toute la nuit.

2025

J2 Col de Lizarrieta - Urepel / 12 juillet 2025

Mon sommeil fut bercé d'un doux fumet…

La nuit fut bonne mais trop courte avec un réveil vers 6h. ... L'hôtel C'Vall à Urepel m'attendait.

La nuit fut bonne mais trop courte avec un réveil vers 6h. Je sais que cette vraie première journée de marche sera longue et je compte avancer vite sur les portions faciles du GR11 en première moitié de journée. La carotte du jour c'est la chambre et la table que j'ai réservées à l'hôtel C'Vall à Urepel. C'est un peu loin, alors, hop, debout !

Dans le rétroviseur j'aperçois l'Ibantelli qui m'a donné tant de fil à retordre la veille dans la nuit. En passant je remarque que le deuxième abri est doté d'un lavoir à l'eau courante et de vraies toilettes ! Si j'avais su... Trop tard pour les regrets, je file en suivant le balisage rouge et blanc facile du GR11.

L'identité culturelle est forte de ce côté-ci de la frontière et ces parties du pays basque espagnol sont rurales et industrieuses. On vit dans des fermes bien équipées en engins divers car on compte ici beaucoup sur l'exploitation du bois et du minerai tout autant que du bétail. On est samedi et il y a toujours un bruit d'engin quelque part non loin du sentier. Les 4x4 sont légions.

Au bout de trois heures j'arrive après une dernière raide montée au sommet de l'Atxuela. Ici je quitte le GR11 et je m'oriente vers le village d'Arizkun. En coupant par Arizkun j'évite d'aller trop au sud vers Elizondo avec le GR11, et me rapproche en ligne directe vers le GR12.

Il y avait bien un sentier sur la carte. Méfiant j'avance au gps afin de le trouver. Tout à coup j'entends des voix et je me trouve nez à nez avec un groupe de 7 cavaliers espagnols. Je laisse passer les chevaux, respectueux, et je me dis que ça doit être bien pratique tout de même de monter ainsi à cheval jusqu'au sommet. Au bout de 30 mètres je comprends aussi le pourquoi, puisque je m'enfonce à nouveau, dans les fougères, les tuyas et les ronces. Je suis relacéré par-dessus mes plaies de la veille et j'arrive fatigué au petit hameau d'Azpilkueta. J'y reconnais avec amusement une belle bâtisse basque qui a servi dans le tournage de la série policière de la Trilogie du Baztan (que j'avais bien aimée). A la sortie du hameau, les gouttes tombent, j'enfile ma veste imperméable et ma housse de pluie. Humeur maussade.

J'avais reperé que dans la zone autour d'Arizkun il y avait deux restaurants. Je compte bien m'y faire un festin de viande et de gras. Sauf que, pas de bol Paul, j'arrive cette fois-ci trop tôt. Il est 11h30 et le service ne commence qu'à 13h. Décidément l'heure espagnole ne me réussit pas. J'avance vers le village en pensant y trouver un autre établissement plus favorable.

Jambes écorchées. Alternance de milieux sur la HRP.

A défaut je trouve de l'eau à profusion et je m'octroie une petite pause. J'échange avec Julie. Ca remonte le moral. En reprenant la marche je croise un couple d'anglais, Dave et son épouse qui viennent depuis 25 ans dans le coin en camping car. Ils adorent les Pyrénées. Dans deux jours ils passeront à Iraty puis à la Pierre Saint Martin. Ils sont contents d'échanger en anglais et moi aussi. Dave me recommande le café du centre qui sert peut-être à manger également.

Je reprends la route tout content et passe devant le fameux café. Fermé. Encore. A la sortie du village je me pose sur une aire de repos et déballe toutes mes affaires sous un soleil qui commence à se montrer enfin ! Premier repas lyophilisé et chaud depuis hier, ça fait du bien. Là, je me débarrasse de mon "slip-de-sport-spécial-mérinos-blablabla" car source d'irritations douloureuses, et passe en mode commando (ou écossais tout dépend du point de vue) jusqu'à la fin de mon périple. Je ne m'en porterai que mieux !

Après avoir suivi la route au travers du hameau d'Aintzialde, je me retrouve rapidement en territoire désormais connu. La broussaille basque.

Au col je découvre avec stupeur un magnifique enclos ceint d'un haut mur de pierres. Ici on élève des chevaux. La fougère mène l'assaut de toutes parts, mais dans l'enclos préservé paissent des chevaux et au milieu coule une rivière. Ingéniosité et travail des anciens ! Ce n'est pas le seul enclos de ce calibre que je croiserai... Cette région que je foule est truffée des traces d'ancêtres préhistoriques (dolmens, cromlechs, tumulus, menhirs...) et raconte l'histoire d'un peuple et de ses liens-racines qui plongent dans la nature tout en la modelant.

L'objectif est en vue, la vallée des Aldudes, célèbre entre toutes pour son patrimoine culinaire et identitaire basque, pour son charme authentique mais reculé ! A ce stade je suis déjà cuit, mais cette vision remonte le moral ! 45 minutes annoncées pour descendre au village... je compte réduire ce temps-là en courant un peu, mais mes genoux n'en veulent plus !

A la sortie du village je vois un premier panneau faisant la réclame de l'hôtel. C'est bon signe. Malgré le moral et l'envie d'arriver, chaque pas est un calvaire après cette journée marathon (j'approche presque la même distance parcourue). Je passe devant l'épicerie locale, devant le magasin de l'artisan de cochonaille, devant la station-service, sans m'arrêter. A 18h25, j'interpelle la patronne derrière son comptoir. J'ai eu ma part de doutes aujourd'hui, et je suis heureux d' être arrivé. C'est une belle victoire. On me montre ma chambre et je m'étale sur le lit les bras étendus, pour fermer les yeux cinq minutes.

Au bout d'un temps incertain, je me dis qu'il faudrait que j'aille au restaurant de l'hôtel pour manger. Et là, impossible de bouger. Tout le dos est verrouillé, les épaules et le trapèze bloqués. Situation embarrassante et ridicule au possible. Avec de tous petits mouvements et une patience infinie, j'arrive à me remettre assis au bord du lit puis me glisse dans la douche. L'eau chaude décongestionne les muscles et me redonne suffisamment d'énergie pour garder les yeux ouverts durant le repas. Tous les produits de la carte sont locaux. Voire extra-locaux puisque tous dans un rayon de 5 kilomètres. Je me régale. Cette nuit à l'hôtel va changer la donne pour le reste de mon parcours car elle permettra à mon corps de remettre les compteurs (presque) à zéro.

2025

J3 Urepel - Egurgi / 13 juillet 2025

Départ d'Urepel, jour 3.

Après une nuit réparatrice... je m'éclipse de l'hôtel vers 8h15... Le GR12, le sentier de grande randonnée attitré du Pays Basque.

HRP J3 Urepel - Egurgi / 13 Juillet 2025

Après une nuit réparatrice, et un petit-déjeuner tiré du sac, je m'éclipse de l'hôtel vers 8h15, somme toute un départ pas si matinal que ça pour un hacherpiste. Mais j'avance d'un bon pas sur l'axe principal qui traverse Urepel et me mène Sud-Est vers des collines aux dimensions de plus en plus affirmées. Les bulbes basques commencent à avoir de l'allure et la campagne par ici est belle. Torrents encaissés, bosquets et prairies verdoyants. Les bâtisses sont dans un état impeccable. Les poteaux des clôtures sont des demi-troncs d'arbre, les murs sont faits de blocs de pierre massifs, la terre est noire et les tomates monstrueuses. Tout respire la robustesse, la propreté et le charme authentique des choses entreprises avec détermination et courage

Il ne faudrait tout de même pas s'endormir dans le bucolisme, et en effet, après un dernier lacet sur le bitume, je me trouve déconfit devant mon sentier, qui s'élance en épousant le flanc de la colline, à travers les ajoncs.

Avec soulagement je fini par rejoindre une autre route qui mène tout droit à un pré fermé par un portail métallique mention "Propriété privée". Les propriétaires ne semblant pas dans le coin j'en profite et traverse le pré en question, puisque c'est là le chemin que je dois emprunter...

Décidément cette liaison de Urepel au col d'Hauzay est bien incommode. A force de jouer des coudes et de patauger dans les herbes humides je finis par atteindre le haut de la montagne. Je retrouve une piste forestière qui se change en route et arrive finalement au col d'Hauzay où m'attend un robinet cinq étoiles, ou plutôt cinq robinets disposés en forme d'étoile (c'est assez curieux et l'eau en sort avec une pression de dingue).

Au col suivant de Burdinkurutxeta je trouve encore un robinet. Je commence à croiser beaucoup de VTTistes sur ces petites routes de montagne. Et également pour la première fois, une autre randonneuse à la casquette rouge. De loin je vois qu' elle s'apprête à reprendre la marche, je la recroiserai souvent au long de cette journée.

Rapidement j'arrive au Lindus et à sa redoute, que je ne verrai pas, puisque je choisi de contourner le massif par la route. Mais je suis heureux car pour la première fois, ma progression va s'effectuer plein Est, le long d'un axe montagneux qui est celui de l'épine dorsale des Pyrénées.

Tellement content, qu'ayant avisé une table de pique nique vermoulue, je décide de prendre mon repas ! Il est un peu tôt. Après les soins habituels, comme à chaque pause, c'est à dire massage des pieds à la crème NOK et pansement sur deux petites ampoules pied droit, je repars sur le ruban de bitume. J'aperçois dans les nuages le seigneur de ces lieux : l'Astobizkar.

Avec quasiment 1500 mètres de haut, c'est l'ascension du jour. Quelques kilomètres plus loin j'arrive au célèbre col de Roncevaux. Roland est chanté à travers les Pyrénées et à toutes les sauces, mais particulièrement ici à Roncevaux, où il périt dans une embuscade.

Contrairement à ce que j'avais lu, il y a bien une petite source de l'autre côté de la route face à la chapelle. L'eau est un peu brunâtre mais je la prends quand même avec ma gourde filtrante pour en faire des réserves en prévision de l'ascension en plein cagnard de l'Astobizkar.

A partir de maintenant je marcherai exclusivement sur le GR12, le sentier de grande randonnée attitré du Pays Basque. Dans cette portion il se confond avec le chemin de Saint-Jacques qui descend de Saint-Jean Pied de Port, alors c'est une vraie autoroute. Je croise des gens de toutes origines et c'est un inventaire à la Prévert. Des asiatiques, des anglais, des scandinaves, des brésiliens (à VTT avec leur drapeau national, on ne fait pas les choses à moitié), des espagnols, des français aussi. Des jeunes, des vieux, et des entre-deux comme moi ! La diversité d'accoutrement et d'équipement est effarante. Certains font le chemin de saint-jacques comme s'ils allaient au centre commercial... alors que ça reste de la montagne. Mais, bientôt, ce flot que je remonte à contre-courant atteindra la fin de leur étape du jour, vers la collégiale de Roncevalles... que j'aperçois en me retournant.

Je continue de progresser rapidement surtout que, passé le col de Lepoeder et sa borne wifi pour pèlerins (décidément les temps ont changé), j'attaque la redescente vers le col d'Azpegui. Je passe successivement la cabane d'Izandorre, la fontaine de Roland (encore lui !), le col d'Arnosteguy et j'arrive au col d'Azpegi vers 17h.

A la redescente sur Arnosteguy, j'ai le plaisir de voir en face de moi la célèbre montagne d'Urkulu et sa tour romaine circulaire. Je constate que la randonneuse à la casquette rouge est repassée devant moi, sans doute durant ma pause eau. J'essaie de me calquer sur son rythme mais elle trace dans la descente.

Urkulu et sa tour romaine perchée sur le promontoire.

Finalement je vois la randonneuse qui semble tourner en rond. Je la rattrape et elle me demande en anglais où se trouve le refuge d'Azpegi. Je lui indique qu'il faut qu'elle redescende la route sur dix minutes, plein sud. A nouveau seul, puisque j'ai quitté le sentier de Saint-Jacques quelque part après la fontaine de Roland, et que Casquette Rouge fait un détour pour aller planter sa tente au refuge, je me pose au pied du panneau d'étape du GR12.

Le ciel se déchire et le soleil vient me faire un bien fou alors que je m'allonge dans l'herbe. Je reprends confiance. Mon objectif initial était d'aller jusqu'à Egurgi, une rivière qui coule nord-sud et creuse une belle vallée à environ 10 kilomètres d'ici. Il est 17h, c'est maintenant ou jamais. Une barre énergétique et une pâte de fruit englouties, et hop je m'élance.

Je tombe alors sur un lieu extraordinaire, Ursarioko Basoa, qui est une très vieille forêt où le temps s'est arrêté. Pas un bruit, pas un oiseau, j'avance cérémonieusement. Les blocs karstiques évoquent une ancienne forteresse, et dans les conformations que j'observe, il se pourrait que la main de l'homme ait aussi façonné ce lieu. J'y reviendrai un jour, c'est sûr, afin de m'y perdre davantage. Les blocs paraissent agencés en murs concentriques, sur plusieurs niveaux, accessibles par des rampes d'accès envahies de racines. J'observe une très belle pierre plate semblable à un dolmen. Quoiqu'il en soit cet endroit est une anomalie dans la topographie environnante et digne d'intérêt.

Au sortir du bosquet se trouve une belle clairière circulaire au milieu de laquelle pousse un arbre solitaire. Plusieurs cromlechs sont documentés dans les environs, ainsi qu'un menhir. A l'entrée nord-est de cette clairière, j'observe des bassins d'eau successifs de toute beauté. Les photos ne font pas justice, dommage !

Au lieu dit de Loigorri et son col (lepoa en basque), les choses se gatent puisque j'entre dans le nuage. La visibilité tombe à ... pas grand-chose, et les particules d'eau en suspension associées au vent mouillent comme une bruine très fine. Je m'équipe et continue mon chemin, guettant les petits poteaux rouge et blanc qui dépassent à peine des herbes hautes. Je garde les yeux rivés sur le gps mais sur cette portion, avec le manque de visibilité je vais me perdre trois fois, revenir sur mes pas, scruter dans le brouillard, déceler la balise suivante, surveiller le gps, etc. .. et perdre du temps et de l'énergie.

Le sentier continue de prendre de la hauteur et j'évolue sur les flancs de l'Eskanda Gaña et du Mendizar. Il semblerait que sur cette portion, les gens du GR12 aient tout simplement choisi la sente animale la plus fréquentée et l'aient élevée au rang de sentier de grande randonnée à coup de peinture. En vérité, dans le brouillard, rien ne ressemble plus à une sente de brebis qu'une autre sente de brebis.

Au bout de deux heures, le sentier est toujours perché à 1200 m d'altitude et ne semble pas vouloir amorcer sa descente. Je me dis que ça va être coton car il me reste moins de 2 km à faire selon la montre.. et 400 m de dénivelé négatif pour atteindre le ruisseau.

Finalement, je plonge dans les fougères et la pente devient très abrupte. Les balises sont ensevelies sous la végétation, inutiles. J'essaie de garder le cap dans les fougères détrempées. Les genoux protestent après la longue journée. Je me perds, je tente de remonter un peu, cherchant une trace de passage dans les environs.

Et là, en moins d'une minute, le miracle se produit, le vent balaie la montagne, le nuage se déchire, et le soleil apparaît. Un changement météo spectaculaire et salutaire qui m'indique clairement le chemin à suivre !

Je descends au rythme d'un escargot (d'une cagouille, en charentais) car j'ai mal aux deux genoux. Je finis par atteindre le fond de la vallée encaissée où coule le ruisseau d'Egurgi. 4 tentes sont déjà plantées au spot de bivouac. Je passe le petit pont et me trouve un emplacement en hauteur. Le ciel est encore dégagé pour un peu de temps alors je fais ma lessive, ma toilette dans la rivière et j'installe le campement sans me presser.

2025

J4 Egurgi - Elursoko Lepoa / 14 juillet 2025

L'Orhy (2017 m) en pleine face, au col Leherra.

4eme journée qui sera placée sous le signe de l'eau, en abondance par moment, trop rare à d'autres, cuit sous le soleil et mouillé jusqu'à l'os.

HRP J4 Egurgi - Elursoko Lepoa / 14 Juillet 2025

4eme journée qui sera placée sous le signe de l'eau, en abondance par moment, trop rare à d'autres, cuit sous le soleil et mouillé jusqu'à l'os.

Ce matin, levée du camp un peu longuette (j'ai du mal à émerger le matin, départ 7h58), et c'est dans le brouillard, au sens propre comme au figuré, que je démarre dans une pente de fougères détrempées. De toute façon, mes chaussures sont encore humides de la veille, alors le plaisir d'avoir des chaussettes sèches n'est que de courte durée.

Soudain je me trouve nez à nez avec une famille de cochons ! Une joyeuse surprise. C'est mon signe chinois, ça compte non ?

Après cet interlude, je me lance à l'assaut de ma première tranche de D+ de la journée : il va falloir me hisser sur les crêtes d'Urkulu (qui n'ont rien à voir avec la tour d'Urkulu, vue la veille, merci pour ceux qui suivent !).. ce qui veut dire, remonter à la même altitude que celle dont je suis descendu hier soir. C'est ça la montagne, ça monte et ça descend. Et ça remonte.

Bonnes sensations ce matin, le sac est allégé par rapport au premier jour, et le cocktail magique du matin fait effet : 1,5 gr de spiruline et 1gr d'aspirine, les muscles sont au taquet.

Les occupants des 4 tentes du bivouac à Egurgi sont partis en même temps que moi. Ils sont un peu plus lents, ou du moins, moins réguliers, alors je mets de la distance entre nous. Photo précédente : la bande-annonce de la journée : au Nord, les nuages et le crachin sur la France, au Sud, le beau temps et la chaleur de l'Espagne.

Dans le brouillard j'entends les voix des randonneurs que j'avais distancés venir d'au-dessus de ma position. Ils ont apparemment pris par la crête au lieu de suivre le GR le long du flanc nord. Dans la forêt suivante nous nous retrouverons pour remplir les gourdes à la faveur d'une source.

Adieu forêt…

Au col d'Oraate (routier), les 5 randonneurs bifurquent plein Nord vers l'Okabe (aucun rapport avec Steins Gate... dommage), la direction ordinaire pour ceux qui veulent se ravitailler aux chalets d'Iraty. Quant à moi je tourne plein Sud pour traverser la belle forêt de l'Auntzbide, toujours par le GR12. Au passage je vois de loin ce qui m'attend pour le reste de la journée. Mieux vaut ne pas y penser, une étape à la fois.

Je profite d'un peu de réseau pour appeler Julie, et Iris aussi qui n'est jamais loin. Le moral est au beau fixe !

C'est donc la descente raide jusqu'au pont d'Ogarte, avec (au moins) deux chutes. Je me rêve une luge ou un grand sac poubelle ! Arrivé en bas je m'octroie dix minutes de pause, les pieds au soleil, la lessive de la veille et la tente étalée sur l'herbe environnante. Tout à coup un grand bonhomme bien chargé me croise en dévisageant mon matos. Il s'arrête 100 mètres plus loin pour faire une pause lui aussi. Il s'appelle "Dim" et me conseille de faire le plein d'eau avant la remontée. Il envisage de faire le pic d'Orhy, et je lui dis que pour ma part je compte plutôt le contourner, au vu de la météo capricieuse et du manque d'eau. Intérieurement je me dis surtout que je n'aurais pas l'énergie pour tout faire ! Pour l'instant c'est parti pour la deuxième montée du jour, 650m de D+ en direction du col de Leherra, et il commence à faire chaud !

Après avoir tant sué et tant donné dans cette dernière ascension, la vue du chemin parcouru me requinque. Je voulais à tout prix finir la grimpette pour me pauser au col pour manger. Il est environ 13h, et il ne me reste qu'un demi-litre d'eau. Plus de forêt, plus d'ombre, plus d'eau. Je quémande de l'eau à quelques touristes garés au col, prêt à leur acheter. En vain. Je me pose avec le t-shirt sur la tête à l'ombre maigrichonne des panneaux de signalisation et me fait cuire des pâtes bolo lyophilisées, parce qu'il faut bien manger!

Décidément, si j'avais entretenu une quelconque velléité de gravir l'Orhy aujourd'hui elle se trouve envolée. Je me fais la réflexion qu'il aurait fallu que je n'ai que cela à faire aujourd'hui, or j'ai déjà environ 1500 m de dénivelé dans les pattes, très peu d'eau, et les nuages montent à l'assaut côté français. Sachant qu'il y a toujours là-haut un vent à décorner les bœufs, c'est déraisonnable dans ces conditions de s'y engager. Je plonge donc dans le creux en suivant le GR12 pour contourner l'énorme massif, en me disant que j'aurais plus de chance d'y trouver de l'eau.

A force de descendre dans le creux, c'est non loin de la bergerie d'Ibarrondoa, que je finis par trouver de l'eau ET retrouver mes balises du GR12 (je les avais perdues entre-temps dans le brouillard). Bonne opération !

Un peu plus tard l'un de mes deux bâtons décide de rendre l'âme. La petite goupille automatique censée tendre le bâton en position dépliée saute dans un joli bruit métallique et prend son envol dans la pente. Je passe cinq minutes à la chercher en râlant. Contre mauvaise fortune il faut faire bon cœur, le soir je scotcherai les différents brins entre eux, et j'aurai ainsi un bâton raccourci que j'utiliserai du côté haut de la pente !

Au sortir de la forêt, je suis en terrain exposé, et je me rationne en eau depuis quelques temps car je n'en ai pas trouvé dans la forêt, les sources étaient à sec. Je sais qu'au col du port de Larrau il n'y a pas d'eau non plus, ni sur la suite du parcours. Il me faut garder de l'eau pour le camp et la nourriture ce soir. J'avise un réservoir à eau pour les troupeaux, plus haut, je fais un effort supplémentaire pour l'atteindre, mais le niveau est trop bas pour que je puisse faire le plein. Je peux y descendre en plongeant mais je n'en ressortirai pas ! Je suis le tuyau jusqu'à l'abreuvoir, mais l'eau qui est en sort est boueuse. Je continue ma route, j'ai perdu du temps et de l'énergie.

Je continue jusqu'à un deuxième abreuvoir quelques kilomètres plus loin, et cette fois ci le tuyau est accessible sous le capot métallique et l'eau est relativement propre. J'effraie les chevaux afin qu'ils me laissent la place. Avec un débit ridicule, et dans une nuée de mouches, je remplis deux litres d'eau. Quel bonheur de se rafraîchir enfin !

Rapidement j'aperçois le tunnel de l'Orhy sur la départementale espagnole. Le port de Larrau n'est plus très loin.

Départ d'Egurgi au lever du jour.

Dans mon dos j'aperçois la silhouette de Dim. Suite à ma longue pause à l'abreuvoir, il me rattrape au niveau du tunnel. Lui aussi n'a pas tenté l'ascension de l'Orhy à cause de la mauvaise visibilité là-haut. Nous marchons sur la route ensemble jusqu'au port. C'est techniquement là la fin de l'étape du jour sur le GR12, mais si je veux être demain au refuge de Belagua pour 11h (RDV taxi), il faut que je continue. Lui aussi a envie de continuer. Il est presque 18h. Nous pénétrons dans le nuage français.

L'objectif est le Portillo de la Pista, à environ 8 km. C'est un endroit relativement plat où coule parfois de l'eau. Pour l'heure le sentier plonge dans le brouillard. Nous nous équipons, coupe-vent, polaire, veste impermeable, en 100 mètres nous avons perdu 15 degrés. Le sentier parcours à présent de très belles crêtes dont nous ne verrons rien, et s'élève petit à petit. Dim me distance peu à peu et je le perds dans le brouillard. Je continue, et les herbes hautes dégoulinent le long de mes jambes, jusque dans les chaussures. Splitch-splotch, elles avaient pourtant bien séché cet après-midi !

Finalement je commence à traîner la patte. Le vent souffle en rafales, et la bruine se fait pluie. J'ai froid et le mouvement ne suffit plus à me réchauffer, d'autant que j'avance de plus en plus lentement. Il est presque 19h30, j'arrive à un léger replat où je discerne trois emplacements propices au bivouac. Je monte la tente rapidement, et me glisse dans le duvet pour me réchauffer. La toile claquera toute la nuit sous le vent, forcément je me suis installé sur un col (Elursoko Lepoa), et ça souffle dur. Je ne sais pas si Dim aura réussi à aller jusqu'au Portillo, mais il n'y a pas beaucoup d'endroits où planter une tente sur ces crêtes. Je suis vraiment fatigué, le repas chaud fait du bien.

2025

J5 Elursoko Lepoa - Refuge de Belagua / 15 juillet 2025

C'est reparti sur les crêtes !

C'est reparti sur les crêtes ! ... Au refuge !

HRP J5 Elursoko Lepoa - Refuge de Belagua / 15 juillet 2025

J'étais sur le qui-vive les premières heures de la nuit, à cause des rafales de vent, inquiet pour mon bâton qui sert d'unique mât pour la tente (surtout que son petit copain s'était cassé la veille !). Finalement je me suis endormi profondément jusqu'à 6h du matin. Au réveil, je constate que des gouttes se sont infiltrées entre la jupe extérieure et le sol de la tente, rien de méchant, quelques petites flaques, mais surtout la tente est encore debout ! Le vent s'est apaisé, mais je suis toujours dans le brouillard mouillant de la veille. J'engloutis tout ce qu'il me reste comme nourriture au petit-déjeuner. Pour la matinée à venir, il ne me reste que 500 mL d'eau, deux pâtes de fruits, et une poignée de graines. Autant dire que mon sac est au plus léger, c'est à dire seulement 6 kilos en ce matin du cinquième jour. Je vais littéralement voler sur les sentiers.

3,7 km plus loin et 45 minutes plus tard, il est 8h et j'arrive au Portillo de la Pista, là où j'aurais dû planté ma tente en théorie. Le soleil transperce peu à peu, et je vais pouvoir enfin voir les géants de la Haute Soule (j'aurais été déçu sinon...).

Tout à coup je me retourne sur ma gauche et je suis surpris par une masse imposante surgie de la brume et que je ne voyais pas l'instant d'avant ! C'est le Barazea dont je vais longer le flanc sud jusqu'au prochain col !

Passé le petit col, je me retrouve à nouveau côté nord (donc dans le brouillard, comme d'habitude) pour un kilomètre et des brouettes afin de contourner le Lakartxela (1979m). Le sentier se fait plus minéral, les crêtes plus acérées, l'ambiance est magique. J'entends les sonnailles des troupeaux quelque part dans le brouillard loin au-dessous de moi, j'imagine la pente abrupte.

J'avance en trottinant sur les cailloux humides et me retrouve nez à nez avec une cloture. Les balises du GR12 obliquent plein Sud, et je n'avais pas saisi qu'il y aurait un col à se farcir aujourd'hui. Il est bien sur la carte pourtant ! Je remets la machine à grimper en route pour un petit D+ de 150m.

Un petit quart d'heure plus tard me voilà hissé au Collado de Gimbeleta, à l'altitude honorable de 1815 mètres, et de fait, point culminant de ces cinq jours de marche. Hendaye et sa plage surchauffée ne sont qu'un lointain souvenir !

Je vois au loin le menu pour ma section suivante de l'HRP, pour l'an prochain, et j'ai déjà hâte d'y être et d'en découdre !

Les lacets s'enchaînent, raides et rapides et je perds rapidement de l'altitude pour rejoindre le refuge de Belagua. Je croise enfin des gens, randonneurs qui vont dans l'autre sens et qui peinent dans la montée. Un fils avec son père avec de lourdes chaussures de cuir détrempées, chargés comme des mulets. Un autre randonneur avec un béret, un short, et la même veste imperméable que moi. "Belle veste" je lui lance en montrant également la mienne. "Elle va servir aujourd'hui" me répond-il laconique. A cet instant je rejoins le collado d'Arrakogoiti, histoire de me rafraîchir une dernière fois sous la bruine.

Le refuge de Belagua — au refuge !

Rapidement je retrouve le soleil pour les trois derniers kilomètres.

Bientôt parvenu au refuge je croise le pin de l'émotion, chauffé au soleil il dégage une douce odeur de résine qui me rappelle les sentiers connus des Hautes Pyrénées. Je ferme les yeux un instant et profite du moment. Je me dis que j'ai réussi mon petit défi et que, bien que brève, cette escapade a tenu toutes ses promesses. J'ai fait les bons choix au bon moment, et j'ai surmonté mes doutes et mes angoisses tout en repoussant mes limites.

Au refuge je retrouve Dim qui fait sécher toutes ses affaires sur les rambardes de la terrasse devant un bon petit-déjeuner. Lui aussi a connu une nuit dantesque. Nous partageons nos impressions mutuelles. Il continue d'une traite jusqu'à Banyuls et je lui souhaite beaucoup de bonnes choses. Il est 10h30, j'ai une petite demi-heure tranquille devant moi, alors je prends un café et une part de gâteau maison, ainsi qu'une grande bouteille d'eau. J'y suis arrivé ! Quelle joie !

Le retour sera long, d'abord le taxi (tax'isa à Oloron que je recommande, l'amie des randonneurs), à peine la frontière franchie, retour de la pluie et de la grisaille, incroyable... Puis le train pour Pau (heureusement pas celui du sketch), et pour Bordeaux et enfin pour La Rochelle. Arrivée à 19h29, quel bonheur de retrouver les siens !