J7 Parking d'Aumet - Candanchú / 13 juillet 2026
Départ du parking d'Aumet : Arlet, Agua Tuerta, lac d'Estanes et arrivée à Candanchú après une longue première journée.
Lundi 13 Juillet 2026, 5h30 du matin, j'ouvre mon petit-déjeuner lyophilisé : muesli au chocolat, et j'y ajoute un peu d'eau... prise au robinet de l'hôtel. La montagne est encore loin, mais l'appel se fait sentir. La veille je suis parti de la Rochelle en train, c'était ce fameux dimanche où Julie en m'appelant à 23h m'a dit "Il fait encore 36 dehors!". La canicule sévit depuis 1 mois par épisodes, et là c'était vraiment le ponpon. Même l'hôtel Ibis de Bordeaux n'en peut plus, la clim de tout le bâtiment a lâché quelques minutes avant que j'arrive ce soir-là. Plates excuses dégoulinantes du réceptionniste. Pas de bol. J'ai dormi quand même correctement mais trop peu, avec un réveil spartiate puis, rapidement, direction le quai de la gare Saint-Jean avec le Train pour Pau (décidément, toujours pas celui du sketch... mais presque!)
Le train part à 6h15 environ et je somnole à moitié pendant un long moment. Arrivés à Dax où le train se sépare en deux, le contrôleur annonce "Notre train aura un retard de trente minutes pour cause d'organisation des effectifs". Traduisez : un gus a loupé son réveil, il faut l'attendre. Enfer et damnation, j'ai une correspondance pour Oloron Sainte-Marie qui n'attendra pas... et un taxi à Oloron qui risque également de ne pas m'attendre ! Je repense à Philip Gougler, il aurait dit un truc du genre "Finalement le train pour Pau, c'est plutôt chouette". Ou PAS. Quelques échanges de sms plus tard, le taxi viendra me récupérer à Pau directement. Je suis soulagé, mais ça va me coûter un bras cette histoire.
Bref retour en arrière : lors du J6, Julie et moi avions réussi la traversée du Lapiaz d'Anie, mais étions arrivés à Lescun-village, ce qui est un détour par rapport à l'itinéraire classique de l'HRP, qui elle passe plus au sud en suivant la crête franco-espagnole. Je n'ai pas trop le loisir de repartir de Lescun directement, alors tant pis, j'ai choisi de couper et de partir du Parking d'Aumet sur la commune voisine de Lhers (2 km à vol d'oiseau, ça vous ira?).
Après une heure et demie de taxi et moults conversations très intéressantes et anecdotes hilarantes, Pascal le taximan de chez Taxi Myriam (Myriam c'est en fait la belle-sœur de Tax'Isa, mais je vous épargne l'arbre généalogique!) me dépose au parking. Enfin ! Il est 11h du matin et il est grand temps de s'élancer sur la piste qui monte débonnairement vers le fond de la vallée. D'emblée les paysages sont très beaux. Quelques nuages m'offrent une ombre salutaire, je crois qu'il fait rapidement 25° et je sens que je cuis au soleil. 20 minutes plus tard je suis à la cabane de bergers de Pourcibo où le sentier se redresse et épouse la pente raide. Je jette un œil vers les sommets, ce qui me conforte dans l'idée que j'ai mangé mon pain blanc de la journée. L'ascension se poursuivra sans répit sur les 4 km suivants. J'avais été averti en lisant à différents endroits "Jolie ascension vers le refuge d'Arlet, courte mais raide néanmoins". Je confirme. Je croise un père et sa fille qui descendent, sans doute des scandinaves, ils doivent faire 2 mètres chacun. D'ailleurs ils ne parlent pas français. La bonne sœur dans la grande vadrouille dirait "ils ont un drôle d'air ceux-là!".
Alors que je m'interroge sur la différence de longueur entre mes jambes et les leurs, ramenée à la longueur de chaque foulée et l'avantage net qu'ils en retirent sur la longueur totale du sentier, je tombe nez à nez avec un troupeau de moutons en travers du chemin et bien sûr, leur patou. La bête est de dos. Elle ne m'a pas vue. M'a-t-elle sentie ? Je me rappelle les conseils lus il n'y pas si longtemps alors je me mets à chanter, à siffler, et à appeler le chien en criant. Pas le choix, il ne faut pas qu'il se sente surpris de me voir, il faut donc signaler ma présence. Je constate que ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il ne bouge pas, mais tourne la tête vers moi et exécute un espèce de "hochement". Enfin ça y ressemblait. Je prends ça pour un droit de passage, et prudemment je contourne le patou et le troupeau, sans encombre. Me voici arrivé au col de Saoubathou et officiellement à nouveau sur le chemin de l'HRP ! En me retournant je contemple une dernière fois la ribambelle de très beaux sommets du cirque de Lescun et le Pic d'Anie tout au fond, dernier symbole de mon Pays Basque.
Aujourd'hui ce sera le Bearn, et la vallée d'Aspe. D'ailleurs la vue vers l'Est est également splendide : carte postale avec le Pic du midi d'Ossau en fond. A partir de là, le chemin est très roulant, et j'arrive à la charmante cabane de Lapassa où je croise un troupeau d'ânes. Le cadre est enchanteur.
Puis, dernière raide montée en lacets pour arriver au refuge d'Arlet après 2h45 de marche et déjà, 900m de dénivelé. Le lac est très beau, le refuge aussi, et les gardiennes sympas. Je mange du saucisson, je fais le plein d'eau et sans trop traîner je reprends la marche vers le col éponyme qui me permettra de basculer vers l’Espagne.
A force de regarder des topos de randonnées et de se documenter, il y a des endroits qu'on a hâte de découvrir, et assurément, la vue depuis le col d'Arlet sur la vallée d'Agua Tuerta faisait partie de ces endroits-là pour moi. Et je ne suis pas déçu ! C'est ma-gni-fi-que. A ma droite le Castillo d'Acher dresse sa muraille circulaire couronnée d'éperons rocheux. A mes pieds le rio Aragon Subordan coule paresseusement en de longs méandres resserrés, et au fond à gauche se découpe la verticale Sierra de Vernera.
C'est d'ailleurs quelque part vers là-bas que se situe mon objectif suivant, l'ibon d'Estanes. Longue et raide descente, et ma première réflexion comme à chaque fois que je descends (car je n'aime pas ça) : "celle-là, vraiment, je n'aimerai pas la remonter!" Je croise un groupe d'une trentaine de jeunes espagnols entre 14 et 18 ans, plutôt lourdement chargés. Ils sont vaillants. Passée la longue caravane ibère, je me retrouve seul et 45 minutes plus tard après avoir louvoyé un peu au jugé pour couper au plus court, je foule le sol plat et verdoyant d'Agua Tuerta. Un peu plus au nord, à la bouche de la vallée, se trouve sur une éminence ronde un vieux dolmen très photogénique qui atteste de la présence de l'homme et de son appréciation pour ce lieu et sa beauté. Je navigue vers le sud en évitant soigneusement de traverser les troupeaux de vaches. Il y a plusieurs centaines de bêtes qui paissent ici et chacune d'elle fait au moins un quintal. L'herbe est grasse et je patauge un peu dans la terre humide entre chaque méandre. Une grosse demi-heure plus tard je suis au pied de la deuxième montée de ma journée, vers le lac d'estanes. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens vidé. Depuis un petit moment j'ai des nausées quand je veux manger un bout. Julie m'avait averti de ne pas trop en faire pour la première journée (celle de l'acclimatation, celle aussi où le sac pèse le plus lourd). Hum. Avait-elle (encore) raison ? Pas le choix, un pas après l'autre, sous un soleil qui n'en finit pas de luire, j'arrive une heure plus tard en vue du très grand lac.
J'y retrouve des congénères puisqu'un grand groupe d'espagnols de tous âges s'ébroue sur la rive d'en face. Attiré par cette belle étendue d'eau, je descends vers la rive la plus proche, tout en quittant la trace que j'aurais dû poursuivre. Ce n'est que plus tard que j'ai compris mon erreur, ce qui m'a valu des kilomètres en plus et des efforts non prévus, afin de faire le tour du lac et rejoindre le bon sentier. Pour l'heure je suis juste content de me tremper la tête et d'allumer mon nouveau réchaud à alcool, tout petit, mais vaillant, même si je galère à allumer la pastille d'alcool à cause du vent. Petite sieste au soleil réparatrice. Selfie envoyé à Julie et échanges de messages revigorants !
En rejoignant l'extrémité est du lac je tombe sur un groupe de cavaliers qui, venus avec tout leur barda, mettent pied à terre et installe leur camp pour la nuit. Ambiance western, j'adore.
Je remarque que j'ai perdu du temps (45 minutes) à chercher un chemin entre les barres rocheuses qui plongent dans le lac, tout ça parce que j'ai dévié du sentier tout à l'heure. Il est donc 18h45 quand je quitte les abords du lac et prends la direction de Candanchu à travers le cirque d'Aspe.
Deuxième erreur de navigation car je m'aperçois (à temps) que j'allais plonger tout schuss vers le bois de Sansanet, alors qu'il fallait que je bifurque plein sud vers le fond du cirque. Je râle un peu, je retourne plus haut et trouve l'intersection discrète.
Je passe par le haut du bois, le sentier est plaisant et j'aperçois une biche. Je m'immobilise, au début j'ai pensé que c'était un ours. On se dévisage un peu puis elle poursuit son chemin. Au sortir de la forêt je longe une très haute paroi verticale (on la voit de loin). Je m'étais demandé comment ça allait passer, mais comme toujours, ça passe.
Le fond du cirque d'Aspe est un chaos de gros blocs envahit par le gave d'Aspe. Un ancien glissement de terrain a définitivement effacé l'ancien sentier. Il faut traverser comme on peut, et surtout, choisir à un moment donné le sentier du bas (de toute façon maintenant c'est fléché).
J'ai mis deux heures pour faire 5 kilomètres, mon allure est en chute libre. Je suis fatigué ! J'approche du Col de Caussiat et une multitude de sentiers se croisent et se recroisent. C'est souvent qu'à l'approche des villes la navigation est plus délicate. Je garde un œil sur le gps et déboule sur les pistes de ski de la station de Candanchu.
Par contre les skieurs ont laissé place aux moutons. C'est assez rigolo ils envahissent toutes les installations. Je traverse l'énorme troupeau, passe devant des baraquements militaires, et arrive enfin devant l'hôtel, il est 21h22 !
L'hôtesse est très pro et m'explique en long et en large tout ce que je dois savoir, le règlement et les horaires, le repas, le petit dej, le bar, les sorties, les entrées, l'escalier, l'ascenseur, la carte magnétique... Stop, donnez-moi ma clé par pitié !
Une bonne douche plus tard, j'appelle Julie. La journée a été longue et l'hôtel aux cloisons fines est malheureusement rempli d'hispanophones bruyants (pléonasme?). Ce sera, encore, une courte nuit. C'est dans ces moments-là que je donnerai mon royaume pour une paire de bouchons d'oreille !