J5,5 Refuge de Belagua - Refuge de Belagua / 12 juin 2026

Un an a passé, et nous voici revenus au refuge de Belagua. Le J5,5 : une journée aller-retour, sans progression vers l'Est.
Un an a passé, et nous (et oui cette fois-ci nous sommes deux car Julie m'accompagne) voici revenus dans les montagnes du Pays Basque, ici au refuge de Belagua en Navarre, exactement à l'endroit où je m'étais arrêté. La réalisation du temps qui s'étire désespérément dans un sens et paraît si court dans l'autre, selon comment on le considère, me plonge dans des réflexions profondes...Je regarde le paysage, c'est comme si c'était hier, et oh combien je me suis langui de ce moment !
Après un voyage rapide marqué par une nuit sonore à Mont-de-Marsan (l'hôtel était bien trop proche de la piste de l'aéroport militaire), nous sommes arrivés à l'heure dite à la Gare d'Oloron où Tax'isa nous attendait pour nous élever jusqu'à 1500m d'altitude, à Belagua.
La route est superbe d'autant que je ne l'avais vue que dans le brouillard et en descente la fois précédente. Je me régale. C'est donc avec de grands sourires que nous prenons la photo devant la terrasse du refuge et que nous nous élançons dans les prairies d'Eskilzarra.
Il y a sans doute un peu de précipitation car nous n'avons pas fait le plein complet en eau comme nous aurions dû. Je compte sur des sources dans les bois que nous allons traverser, et sur le tuyau de la Hoya de Solano, quelque part au milieu du lapiaz, bien plus loin. Il y a, en fait, de la précipitation car nous suivons sans réfléchir un groupe de trois randonneurs qui est parti 5 minutes avant nous. Leurs silhouettes s'amenuisent sur la grande prairie. Quelque chose cloche dans la direction générale, et rapidement nous tombons sur un panneau qui me laisse perplexe. Ce n'est pas le bon sentier. Hop, demi-tour. Ce sera la préfiguration de cette journée. Au loin, les trois randonneurs traversent de gros blocs pour rejoindre la prairie inférieure, comme nous. En voilà un départ bien tatônnant !
Une fois passé le Paso de Zemeto, c'est l'autoroute dans la hetraie, tapis de feuilles mou, larges allées, ombre et fraîcheur. Nous avançons, avec un regret qui commence à pointer chez Julie et qui ira crescendo "C'est sympa, mais on ne voit pas les montagnes". Effectivement la vue est redondante et limitée.
Par successions de courts raidillons ou de montées plus débonnaires nous nous élevons de quelques centaines de mètres et la forêt se fait plus clairsemée. Les pins noirs font leur apparition. Après deux heures nous nous posons et déballons les sandwiches achetés à Oloron ce matin. Un peu écrasés, mais tout à fait mangeables !
Il est déjà presque 14h quand nous repartons et le chemin est encore long. J'ai pourtant choisi de passer par le PR NA-203, un sentier balisé qui contourne le Lapazarra par le nord et qui nous épargne du dénivelé en comparaison avec le GR12.
Plus nous approchons du collado de Larreria, plus le vent souffle. Rapidement, l'ambiance devient chaleur pulsée et nous sommes comme des dindons grillés, complètement desséchés.

Passé le col, nous attaquons le raidillon qui mène au petit plateau de transition d'Aztaparreta, où nous voyons le chemin qui nous reste à faire, très clairement, à flanc de la Paquiza Linzola. La montagne, immense, au sommet effondré, nous toise sévèrement.
Il faut se rendre à l'évidence, il ne nous reste que 500 mL d'eau, nous n'avons croisé aucune source, aucune humidité. Je le savais pourtant. La courte nuit, le contre-coup de nos vies trépidantes soudainement mises en suspend, et l'acclimatation brutale à l'altitude et à la chaleur, vont nous faire prendre la meilleure décision : faire demi-tour. Il faut se rendre à l'évidence, nous nous sentons rincés et cuits.
Déception, frustration, vexation. Soit nous marchons trois heures pour une source incertaine, soit nous revenons sur nos pas et nous sommes sûrs d'avoir de l'eau au refuge. D'autant que la Hoya de Solano n'est que le coeur du lapiaz, et qu'il faut encore marcher deux heures supplémentaires puis passer le col de Pétragème enneigé pour arriver à l'abri d'Acherito.
Je ne nous en sens pas capables aujourd'hui. Nous faisons demi-tour à contrecoeur, peut-être aurions-nous pu continuer, mais sur le moment c'était la décision la plus raisonnable.
Pour le retour, nous décidons de passer par le versant sud du Lapazarra, en suivant intégralement le GR12 cette fois-ci. De jolies vues s'offrent à nous. Fatigués nous arrivons au refuge vers 18h.
Rehydratation massive ! Je demande à planter la tente mais c'est interdit dans la prairie, nous sommes trop près d'une route, ce sont les règles du bivouac... par contre sous le surplomb de la terrasse du refuge c'est possible ! L'endroit ne fait pas rêver, c'est comme dormir sous un pont, sans compter les éventuelles nuisances nocturnes car il y a un espace bar au refuge pour les touristes routiers, auto ou moto, qui passent par ici.
Une idée m'est venue entre temps : demain, nous pourrions retenter la traversée du Lapiaz mais cette fois-ci en direction du col d'Anaye, pour gagner Lescun et demander au taxi de nous récupérer là-bas (au lieu du Somport initialement prévu).

Julie me convainc que dormir sous la terrasse c'est vraiment pas idéal, alors nous avançons sur le GR12 (qui fait toute une boucle dans le lapiaz en guise de terminus), côté Nord du refuge cette fois, et au bout de 15 minutes nous trouvons un spot discret, légèrement en pente certes, mais où nous dormirons comme des bébés.
C'est donc la fin de cette bizarre journée, le J5,5 puisqu'il n'a marqué aucune progression vers l'Est, vers la méditerranée, mon but ultime. Histoire d'un Aller et d'un Retour, par Bilbon Sacquet, le dragon et les nains en moins, pour ceux qui ont la référence...
A ce stade j'ai fait une croix sur le tronçon idéalement prévu de mon HRP, priorisant le confort du temps passé avec Julie et le plaisir de le partager sur ce court week-end.













